Botanistes célèbres
plus que d'autres
Liens url mis à jour le 26 juin 2017

Ray, Tournefort, Linné, Adanson, Lamarck, A.L. de Jussieu, A.P. de Candolle, Robert Brown, Darwin et avant lui, Cronquist...

Ray

 John Ray (1628-1705),
un des premiers botanistes à ne pas être médecin.

Il créa un système de classification des végétaux selon les caractéristiques de leurs fruits, fleurs et feuilles, et enrichit le vocabulaire botanique avec des mots comme "pollen" et "cotylédon". Il est le premier à avoir donné à l'ESPÈCE une place importante et à avoir utilisé les catégories monocotylédons et dicotylédons dans son Methodus Plantarum de 1682, avant de publier de 1686 à 1704 les trois volumes de son Historia Plantarum dans lesquels il étudie plus de 18 000 plantes.

Tourn.

 Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708).

Il a orienté sa réflexion sur les GENRES comme il l'écrit clairement dans ses Elémens de botanique ou méthode pour connoître les plantes, ouvrage publié en 1694.

En commençant avec le genre Mandragora (genre conservé par Linné qui la nomme Mandragora officinarum en 1753) et avec ses gravures qui ne montraient que les caractères utiles à son identification comme simple genre de fleurs en cloche, abstraction faite de son côté mythique, la citant dans sa

Tournefort voulait insister sur la fin du règne de la médecine et de l'analogie en Botanique... mais il n'employait pas encore le mot pétale dans ses descriptions.

En 1698, pour ses étudiants, il publie Histoire des plantes qui naissent aux environs de Paris.
D'un voyage au Levant, de 1700 à 1702, avec le peintre Claude Aubriet, Tournefort avait rapporté 1 356 plantes nouvelles et 130 genres établis par lui ont été conservés dont celui des Gentiana conservé par Linné, ce qui n'est pas le cas des Medica, transformé dès 1742 en Médicago.

Linné était très critique envers Tournefort dont il écrivait dans son Genera plantarum de 1754 :

L.

Carl von LINNÉ (1707-1778)

Il songeait à former des Naturalistes, plus qu'à amuser des Amateurs.
Condorcet, in Éloge de M. de Linné, 1778.


l'année du tricentenaire de sa naissance.

Même si, comme Alphonse de Candolle dans la préface de son Origine des plantes cultivées datant de 1882, on peut penser

il n'en demeure pas moins que Linné, ce naturaliste suédois, avait une mémoire prodigieuse anéantie peu de temps avant sa mort par une attaque cérébrale... mais c'est sans doute parce qu'il connaissait par coeur les textes des naturalistes antiques, que ce soit Théophraste (vers 371-287 av. J.-C.) ou Dioscoride (vers 40-90) ainsi sans doute que les ouvrages des botanistes cités ci-dessus, qu'il a pu donner un nom latin à tant de végétaux et d'animaux, gros ou petits (comme Tunga penetrans) et concevoir leur classement. Il avait été soutenu par le gouvernement de son pays dans ses efforts vains d'introduction et de culture en Suède de produits tels que l'opium (qui, de son temps, n'était considéré et utilisé que comme un stimulant ordinaire), le thé et le coton qui ne poussèrent pas plus que les graines de Zizania sp. que lui avait adressées le jardinier du Trianon, Louis-Claude Marie Richard.

Paraphrasant Juvénal dont il avait dû lire les Satires, ce Chevalier de L'Ordre Royal de l'Étoile Polaire avait une devise sans doute lucide : Laudatur et alget (on le loue et pourtant il grelotte).

Plutôt que d'avoir cherché des étymologies compliquées, un grand nombre des noms qu'il a donnés aux plantes se retrouvent dans les ouvrages de deux auteurs déjà cités plus haut : Théophraste (372-287 av. J.-C.) et Pedanius Dioscoride (vers 40-90 après J.-C.) qui, lui, distinguait cinq groupes de plantes : les plantes alimentaires, médicinales, aromatiques, vineuses et vénéneuses (dans une classification à la dimension utilitaire) et dans l'Histoire naturelle de Pline l'Ancien (cf. Historia plantarum et vires ex dioscoride).

Linné était également médecin et professeur de pharmacognosie (materia medica). C'est en tant que tels qu'il a étudié le café et ses effets secondaires pas tous bénéfiques, et qu'il en a popularisé la connaissance, notamment dans l'Almanach d'Olof Hjorter dont voici, datant de 1747, une illustration amusante de la part de quelqu'un qui devait sans doute travailler plus de quinze heures par jour :

Pour une biographie détaillée de cet homme qui, le premier, a intégré l'Homme dans le règne animal et qui passe pour avoir retourné l'échelle thermométrique centésimale d'Anders Celsius (même s'il est plus problable que ce soit Daniel Ekström, le fabricant de ses thermomètres, qui soit à l'origine du 0° au lieu de 100° pour le point de congélation et du 100° au lieu de 0° pour le point d'ébullition), cliquez sur son nom ci-dessous.


© Linné on line, Uppsala Universitet, Suède



Linné étant considéré comme le fondateur de la systématique moderne, une date a été attribuée conventionnellement à la publication de son ouvrage SPECIES PLANTARUM afin qu'elle soit le "point de départ de la nomenclature linnéenne" qui est binominale (genre, espèces) et ne tient pas compte des familles, ce que fait Jussieu dans son Genera plantarum publié le 4 août 1789, date prise en compte pour les noms des taxons supra-génériques.
Il s'agit du

1er mai 1753

car à cette date, Linné avait déjà décrit, dans son latin à lui, environ 10 000 plantes à fleurs.
Aucun nom de genre ou d'espèce de plante publié avant cette date, même un binôme, n'est désormais considéré comme valable.
Mais par contre les noms des mousses -Sphagnaceae exceptées- ont eux comme point de départ le 1er janvier 1801, date de la publication posthume du Species muscorum frondosorum de Johannes Hedwig) : voir l'article 13 du Code de Melbourne.

Parfois, vous trouverez dans le présent herbier d'autres dates que cette année 1753 pour des noms de plantes nommées par Linné car il a en effet nommé ou re-nommé certaines plantes dans des ouvrages postérieurs à la première édition de son Species plantarum.
Par exemple :



Caroli Linnaei - Philosophia botanicaPeu soucieux de la morphologie des plantes et confondant souvent leurs organes aussi bien souterrains qu'aériens, Linné s'est par contre intéressé aux mouvements de leurs pétales. Au chapitre IX Adumbrationes (Ébauches), page 274 de son ouvrage Philosophia botanica il émet une idée originale : celle d'un "horologium Florae". Une horloge de Flore réglée sur l'ouverture, l'épanouissement et la fermeture des pétales de certaines fleurs qu'il qualifie d'aequinoctiales.
Cette horloge florale lui donnait, paraît-il, l'heure à une demi-heure près.
Elle a inspiré le compositeur Jean Françaix pour son Horloge de Flore mais pour l'heure de midi avec, curieusement, le nictanthe du Malabar, Nyctanthes sambac, à la floraison nocturne.

C. Linnaei - Horologium florae

Linné attribue un nom différent à trois groupes de fleurs (en latin le mot flos est du genre masculin d'où les adjectifs ci-dessous terminés en -i et en -es) selon les conditions de leur ouverture ou fermeture :


© Entomology Lantern Slide Collection

C'est également dans sa Philosophia botanica qu'il classe (c'est vraiment chez lui une habitude) les odeurs, mais ce classement concerne plutôt le médecin qu'il était également :

tandis que le botaniste considère qu'odor speciem nunquam clare distinguit.

Le Franc-Comtois Jean-Baptiste Romé de L'Isle s'inspirera de lui pour classer... les cristaux.

Dans ses herbiers qui, au moment de sa mort, comptaient près de 20 000 spécimens, Linné utilisait des abréviations que, parmi d'autres, vous pourrez retrouver :
  Linné et ses abréviations  
et comprendre.



Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) admirait Linné et sa lettre dithyrambique, datant de 1771, restée célèbre, commençait ainsi : « Seul avec la nature et vous, je passe dans mes promenades champêtres des heures délicieuses, et je tire un profit plus réel de votre Philosophia Botanica, que de tous les livres de morale. »

Pour en savoir plus :

 "L'ordre souverain de la Nature"

 Le Systema Naturae que Linné publie en 1735 divise, d'une façon artificielle et fixiste, les végétaux en 24 classes :

Au XXIe siècle, il nous permet, sinon de classer les fleurs, du moins de découvrir leur androcée....

De I à XXIII : Nuptiae Publicae
IMonandrie1 étamineXIIIPolyandrieplus de 12 étamines, unies au réceptacle
IIDiandrie2 étamines XIVDidynamie4 étamines dont 2 longues
IIITriandrie3 étamines XVTétradynamieétamines inégales dont 4 longues
IVTétrandrie4 étamines XVIMonadelphieétamines toutes unies
VPentandrie5 étamines XVIIDiadelphieétamines assemblées en 2 groupes
VIHexandrie6 étamines XVIIIPolyadelphieétamines multiples
VIIHeptandrie7 étamines XIXSyngénésieétamines à anthères unies
VIIIOctandrie8 étamines XXGynandrieétamines unies au pistil
IXEnnéandrie9 étamines XXIMonoéciefleurs unisexuées
XDécandrie10 étamines XXIIDioéciefleurs hermaphrodites
XIDodécandrie12 étamines XXIIIPolygamiefleurs unisexuées et hermaphrodites juxtaposées
XIIIcosandrieplus de 12 étamines, unies au calice XXIVCryptogamieaucune fleur
Nuptiae Clandestinae

...et, même si sa classification n'a plus cours, d'être, comme Edvard Koinberg, "frappé par ses intuitions et par son langage poétique" et considérer Linné comme étant "décidément moderne" en s'intéressant à son Calendarium florae paru en 1756.


Adans.

 Michel Adanson (1727-1806)

En 1748, il s'embarque à Lorient pour aller au Sénégal. « Je pensais, écrit-il, que rien ne serait plus utile que d’employer ma jeunesse à faire un voyage dans quelque pays éloigné, persuadé que je rapporterais beaucoup de connaissances nouvelles pour l’Europe… Je savais que l’Afrique équinoxiale n’avait été visitée par aucun naturaliste et que par conséquent j’avais un vaste champ d’observation à moissonner. »

Il restera plusieurs années au Sénégal, ce qui lui permettra d'apprendre à parler ouolof et d'être le premier à décrire et à classer opportunément parmi les Malvacées un arbre qui ne pousse pas qu'en Afrique de l'Ouest : le baobab (Adansonia digitata L.), un arbre encore mal connu et aux mille surprises.

Il s'est intéressé aux mutations des plantes ainsi qu'à leurs déformations pathologiques et la variabilité de l'espèce a toujours fait partie des ses préoccupations. Grand lecteur, sa bibliothèque appartient désormais au Hunt Institute for botanical documentation.

Son gros livre de plus de 600 pages, Famille des Plantes, datant de 1763, est toujours d'actualité. Il découle de la méthode naturelle qu'il avait découverte au Sénégal en 1749.

Lam.

 Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) et le transformisme

Il est l'un des premiers utilisateurs du mot "biologie" et le premier au monde à avoir développé et publié, en 1778, une clé dichotomique pour la reconnaissance des plantes, clé dont il a peut-être trouvé l'inspiration dans un ouvrage intitulé Hodegus Botanicus publié pour la première fois, selon de Candolle, à Colmar en 1710 par M.D. Johrenius. Après avoir étudié les systèmes de Tournefort et de Linné, il a décrit plus de 2 000 genres de plantes et il remarquait dans son Discours préliminaire paru en 1779 dans le volume I de sa Flore Françoise, ou Description succincte de toutes les Plantes qui croissent naturellement en France  :

« (...) existe-t-il bien réellement des familles que l'on puisse isoler les unes des autres ? existe-t-il des genres dont les limites ne soient jamais confondues ? Enfin peut-on distinguer sans équivoque, les espèces, des variétés, et celles-ci des individus ? Ce sont-là sans doute les problèmes les plus intéressants de la Botanique ; mais il y a beaucoup d'apparence qu'on ne pourra de longtemps en trouver la solution affirmative.»

D'abord essentialiste et fixiste, et donc incapable d'imaginer que Dieu puisse avoir créé des espèces susceptibles de disparaître, Lamarck, après avoir étudié la géologie et pris en compte le facteur temps, devient transformiste, une position totalement révolutionnaire en son temps et qui ouvre la voie à Darwin.

Lamarck n'a pas fait que remettre en cause le fixisme. Tout comme un peu plus tard celles du géologue Charles Lyell, ses théories s’opposaient également au catastrophisme qui expliquait l’extinction des espèces à travers l’impact des catastrophes.

En botanique, on peut dire qu'il "distingue d’une part la taxonomie générale et d’autre part les clés de détermination..."

Il avait été nommé, en 1789, gardien de l'Herbier du Jardin du Roi et son propre Herbier regroupe encore quelques vingt mille spécimens à notre époque.

Il s'est également intéressé aux sons et aux bruits qui se propagent sous l'eau, et a écrit un Mémoire sur la matière du son dans lequel il remarque que la Nature [...] a privé de conduit auditif externe presque tous les animaux qui vivent continuellement dans l’eau, parce que se trouvant dans un milieu beaucoup plus favorable à la propagation du bruit ou du son, ils n’en avoient pas besoin. Mais il n'a sans doute pas pu, comme nous, entendre les chants des baleines...

La météorologie et la formation et la disparition des nuages ne l'ont pas laissé indifférent. En 1802 (un an avant Luke Howard), il proposa même une classification des nuages permettant pour la première fois de les identifier. Mais elle ne rencontra aucun succès car les noms français qu'il avait choisis ne pouvaient être adoptés aisément par d'autres pays : "nuages en voile, attroupés, pommelés, en balayures et groupés".
Cf. Histoire de la classification des nuages

Juss.

 Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836),
dit "le Grand Jussieu" pour le distinguer des autres membres de sa famille également botanistes

Parmi eux, notamment, son oncle Bernard (1699-1777)
Bernard de Jussieu
Lyon, Parc de la Tête-d'Or
qui avait tenté de classer les plantes d'après la ressemblance de leurs fruits, tout en entretenant une correspondance de longue durée avec Linné.

En 1789, dans son ouvrage intitulé Genera plantarum secundum ordines naturales disposita (approuvé par Condorcet et Vicq d'Azyr), le Grand Jussieuclasse les plantes en :
. XV classes,
. une suite de 100 ordres naturels qui contiennent
. 1 754 genres,
et il exprime clairement la notion de FAMILLE telle que nous l'utilisons dans le présent herbier, une famille étant la réunion de genres voisins, tout en rappelant l'ouvrage écrit avant lui par Adanson intitulé Familles des plantes et publié en 1763.

Cette notion de famille, le professeur de botanique de Tournefort, Pierre Magnol (1638-1715), l'avait entrevue cent ans plus tôt, mais sans la même précision, dans son Prodromus historiæ generalis plantarum, in quo familiæ per tabulas disponuntur publié à Montpellier en 1689.

En 1789, Jussieu lui dédie la famille des Magnoliaceae dont voici Liriodendron tulipifera L., 1753. Ce tulipier n'est pas sauvage mais il fleurit à Auxerre au mois de juin dans l'Arboretum Darnus-Rantheaume.

Liriodendron tulipifera

Antoine-Laurent de Jussieu va plus loin en recherchant les caractères constants ou variables au sein d'une même famille ou entre plusieurs familles de plantes. Sa classification "naturelle" l'emportera sur celle, "artificielle", de Linné.

index methodi ordines naturales complectentis





DC.

 Augustin Pyrame DE CANDOLLE (1778-1841)

Médecin, naturaliste, phytogéographe, membre d'une famille genevoise considérée comme un dynastie ayant amélioré le système de Jussieu, en introduisant, notamment les caractères anatomiques qui permettent de distinguer végétaux vasculaires et végétaux cellulaires, De Candolle est considéré comme un "botaniste philosophe" par J.M. Drouin.

Haut de la page  Dans cet ouvrage il posa les principes de la classification et créa le mot

"taxOnomie"

en précisant bien dans la note (2) à la page 20 de son Introduction :


un mot vite refusé par l'Académie pour des raisons étymologiques et modifié ensuite en "taxInomie".

Ce n'est qu'en 1873 que son fils, Alphonse, achève les 7 volumes du travail qu'il avait commencé en 1824 : Prodromus systematis naturaliis regni vegetabilis et en 1896 que des Suites à cet «Herbier de Candolle» ont été publiées par son petit-fils Casimir.

R.Br.

Robert BROWN (1773-1858)

Surnommé par Humboldt facile Princeps Botanicorum, ce botaniste écossais était, entre autres, passionné par les pollens et leurs particules qui lui permirent de décrire en 1827 ce que plus tard Einstein dénomma le "mouvement brownien" que vous pourrez visualiser ici notamment dans une goutte de lait (sauf si vous utilise Chrome car ce navigateur n'accepte plus les applets Java depuis le 1/09/2015).
Chirurgien militaire depuis 1795, il fut l'un des scientifiques qui accompagnèrent l'explorateur Matthew Flinders, de 1801 à 1803, dans son expédition de découverte des côtes australiennes.

Robert Brown resta en Australie jusqu'en mai 1805 et sur les 4 000 spécimens de plantes récoltés, il en a classé et nommé environ 2 000. En 1810 il publie Prodromus Florae Novae-Hollandiae et Insulae Van-Diemen.
En 1826, il observe que les fleurs femelles des Cycadeae et des Coniferae ont des ovules qui ne sont pas enfermés dans un ovaire, ce qui lui permettra rapidement de faire la différence entre les Angiospermes et les Gymnospermes. En 1831 il découvre le noyau cellulaire.

Benoît de Maillet

Avant Darwin, quels furent les premiers pas des historiens des sciences de la vie et de la terre ? Il est possible de s'en faire une idée en lisant le Telliamed de Benoît de Maillet (1656-1738).



Darwin (et son ami Alfred Russel Wallace)

Darwin Sous les feux de l'actualité

 Charles Darwin (1809-1882) et l'évolutionnisme

Sa vie (en français ou en anglais) ne se résume pas en deux mots.

Rejetant le transformisme, Charles Darwin propose un mécanisme qu'il nomme "sélection naturelle", par analogie avec la sélection artificielle pratiquée par les Hommes depuis des millénaires.

On désigne désormais ce mécanisme, qui n'est bien sûr ni absolu ni immuable, sous le nom de darwinisme.

Cette sélection darwinienne permet d'expliquer de façon naturaliste la complexité adaptative des êtres vivants, sans avoir recours au finalisme ni à une intervention d'origine divine. Ce que Darwin a eu du mal à exprimer avec la langue anglaise de son époque, celle d'il y a deux cents ans... et sans doute également en raison de son ignorance des lois régissant l'hérédité car il n'a jamais lu les Recherches sur des hybrides végétaux que Grégor Mendel (1822-1884) avait publiées en 1865.

N. Witkowski présente l'autobiographie de Darwin

Intéressé par la géologie et la zoologie, Darwin l'est aussi par la botanique et durant son voyage sur le Beagle, dès 1832 à Rio de Janeiro et ensuite sur les Iles Galapagos, il a admiré les Orchidées, étudiant plus tard les Orchidées sauvages d'Angleterre et leurs relations avec les insectes.

En 1833, à Maldonado (Uruguay), il s'adjoint, après lui avoir appris la chasse et la taxidermie, l'aide d'un matelot violoneux, Syms Covington, qu'il gardera à son service jusqu'en 1839 pour mettre de l'ordre dans tous les spécimens, aussi bien botaniques qu'animaux, déchargés à Falmouth lors du retour du Beagle en 1836.

En 1859, l'année même où un Français, Félix-Archimède Pouchet, publie à Paris un énorme ouvrage intitulé Hétérogénie ou traité de la génération spontanée, Darwin dévoile sa théorie de la « descendance avec modification » (car il n'a pas utilisé le mot "évolution" comme nous le rappelle S.J. Gould) dans L'Origine des espèces, un ouvrage intitulé plus exactement : L'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, ouvrage qui le fait connaître.
Avec ce livre, Darwin met fin à la croyance en la génération spontanée des formes vivantes et il permet de sortir des théories fixistes en insistant sur les modifications apparues au cours des millions d'années des époques préhistoriques.
Comme Lamarck, il prend en compte le facteur Temps mais contrairement à lui sa vision des variations ne se mesure pas à l'échelle d'un individu mais à celle d'une population, génération après génération.

En 1860, il écrit : « Je crois depuis longtemps qu’un bon observateur équivaut en fait à un bon théoricien » et, contrairement aux hommes de son temps, il faisait également confiance aux femmes, n'hésitant pas à conseiller à Marianne North de partir pour l'Australie et la Nouvelle-Zélande pour peindre des fleurs... mais être en avance sur son temps n'est pas forcément un avantage comme le souligne Peter J. Bowler.

En 1872 il publie The expression of emotions in man and animals, un ouvrage dans lequel, au chapitre XII, il évoque très brièvement la musique, ou du moins une chanteuse et un flutiste, en s'intéressant surtout au muscle peaucier du cou, car il n'avait pas l'oreille musicale et lorsqu'il était à Cambridge, même s'il aimait s'arranger pour terminer ses promenades à la chapelle de King's College pour entendre le God Save the King, il était incapable de remarquer si le choeur en modifiait parfois le rythme.

Les fleurs hétérostylées, parmi lesquelles les Primevères ont également attiré son attention (Des différentes formes de fleurs dans les plantes de la même espèce, 1877). Et l'on peut dire que Darwin est certainement le botaniste qui a le mieux contribué à la connaissance de la sexualité chez les plantes.

Avec son fils Francis, ils sont les premiers à avoir observé les réponses des coléoptiles à la lumière, découvrant ainsi ce que l'on nomme le phototropisme. Leurs expériences ont permis de prouver l'existence d'hormones végétales, notamment celle de l'auxine découverte au XXe siècle. En 1880, tous deux publient un ouvrage intitulé The Power of Movement in Plants (La faculté des plantes de se mouvoir).

Darwin considère que la classification des organismes vivants doit rendre compte des liens de parenté entre eux malgré des modifications au cours de leur descendance.

Qui dit évolution dit variations, et coopération plutôt que concurrence.

Darwin vu par Peter Greenaway

Si la théorie darwinienne ne peut pas tout donner, même avec

on lui doit cependant la Biologie évolutive qui a désormais intégré la génétique mendélienne et qui, avec le développement de l'informatique, donne de plus en plus d'importance au quantitatif. Au milieu du XXe siècle c'est même d'évolution moléculaire dont on parlera car l'ADN, l'ARN et les protéines évoluent eux aussi.

L'Evolution est donc le paradigme en vigueur actuellement : selon elle, au fur et à mesure des générations, une espèce se modifie, ce qui ne veut pas dire qu'elle progresse.



Cronquist

Arthur John CRONQUIST (1919-1992)

Ce taxonomiste et systématicien passionné est mort en rédigeant une "Intermountain Flora" dans son bureau de l'Herbier de l'Université Brigham Young à Provo, dans l'Utah.
L'Intermountain qu'il avait commencé à explorer en 1959, est en fait une région arbitraire située entre la Sierra Nevada et les Rocky Mountains, avec cependant une histoire et une géologie propres, malgré son étendue sur huit états des USA (Utah, Arizona, Nevada, Colorado, Wyoming, Idaho, Montana du Sud et Sud-Est de l'Oregon), et surtout quatre divisions floristiques.
En 1943 il a été conservateur-assistant du Jardin Botanique de New York dans le Bronx.

Il s'est ensuite intéressé à la famille des Sumaroubaceae, à la recherche d'un substitut à la quinine. Il a révisé la classification des Angiospermes et des Composées et il est connu pour avoir créé, en 1981, un système de classification essentiellement fondé sur la morphologie, l'anatomie et la chimie des plantes, mais la "classification Cronquist" est aujourd'hui abandonnée.

N'en n'oublions pas pour autant :

beaucoup d'autres botanistes dont les noms vous apparaîtront après celui des binoms latins, plus couramment dits noms binomiaux, des fleurs.
 

Ray, Tournefort, Linné, Adanson, Lamarck, A.L. de Jussieu, A.P. de Candolle, Robert Brown, Darwin et avant lui, Cronquist... ainsi que plusieurs d'entre eux dont la particularité était d'être, comme de Candolle, huguenots.



Mise à jour : août 2017   2005 à 2017  fleursauvageyonne